Chronique santé Vendée Globe #5 : résister à la chaleur et à la déshydratation

Les Sables-d'Olonne, France, 18 novembre 2020

Pour cette 5e chronique santé du Vendée Globe 2020, le Dr Chauve décrit les effets du décalage climatique rapide sur les organismes des skippers. En mois de dix jours, ces navigateurs solitaires passent des tempêtes automnales de l'Atlantique Nord à la chaleur de l'équateur...

Les bateaux du Vendée Globe, ces IMOCA de 18,28 mètres sont décrits comme les Formule 1 des océans. Il sont conçus pour aller vite ce qui ne signifie pas qu'ils sont conçus pour le confort de leur pilote, au contraire!

Alors que la flotte approche de cette zone intertropicale appelée le Pot eu Noir, redoutée car souvent parcourue de vents très capricieux qui freinent l'avancée des bateaux, la chaleur monte. 

" A l’intérieur, dans cette cabine en carbone sans isolation ni aération, la température avoisine les 50°. Fournaise irrespirable. Un courant d’air serait le bienvenu, mais ii faut l’oublier. La cabine doit rester étanche, panneaux verrouillés. Sous un grain, une vague vicieuse aurait vite fait de s’y faufiler avant de finir sa course en cataracte sur les instruments", décrit Jean-Yves Chauve, non seulement médecin de la course mais aussi marin à ses heures. 

Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si les vidéos envoyées par les skippers depuis 48 heures, les montrent en train de se doucher, de s'asperger au brumisateur, de se raser..."Avec la transpiration, la peau est moite et collante. Tout à l’heure, la douche d’eau de mer n’a apporté qu’une fraîcheur éphémère. Une fois évaporée, reste le sel qui brûle et démange. Il va falloir se rincer à l’eau douce, au minimum, à l’économie", explique Jean-Yves Chauve. 

"Tout comme  le décalage horaire, le décalage climatique est une lourde contrainte pour l’organisme", ajoute-t-il. 

Car la chaleur n'est pas seulement source d'inconfort pour les skippers, elle représente aussi de vrais risques d'erreurs de navigation et donc de danger potentiellement grave, comme le précise le Dr Chauve.

 "3 degrés de plus et la machine s’enraille. Les neurones tout d’abord. Ils ne supportent pas la surchauffe. Au-delà de 40°C, ils dysfonctionnent. Fatigue incoercible, hallucinations, convulsions, perte de connaissance voire décès si l’excès de chaleur augmente ou se prolonge."

La transpiration permet de réguler la chaleur corporelle. "Et pour que cette chaleur interne atteigne la surface cutanée, les vaisseaux sanguins se dilatent. La peau devient rouge, chaude, gonflée. C’est près de 15 litres de sang qui circulent ainsi à chaque minute en périphérie de notre corps. Autant de sang en moins pour les muscles et les neurones. A la clé, des crampes pendant les manœuvres et même parfois des vertiges ou des malaises."

Seuele solution pour compenser les pertes en eau liées à la transpiration : boire beaucoup.

"Une déshydratation, même légère, n’est pas sans conséquences. Un manque d’eau de 2 % soit environ 1,5 litre entraine une chute de 20% des performances physiques et mentales. Avec 4%, la perte s’élève à 40% ! Autant dire qu’il faut boire pour éviter les déboires", commente le médecin de la course.

Mais il n'est pas si simple de couvrir les besoin en eau d'un navigateur en pleine course autour du monde. "La consommation d'eau de boisson quotidienne peut dépasser allègrement les 5  litres", rappelle le médecin. Elle est produite par un dessalinisateur qui présente l'inconvénient de fournir une eau trop pauvre en sels minéraux si bien que certains skippers choississent de compenser ce déficit en prenant quotidiennement un comprimé, pour une supplémentation minérale associée à des oligo-éléments et à des vitamines.

Bientôt dans l'hémisphère Sud, les navigateurs devront lutter contre le froid, mais c'est une autre histoire. 

 

 

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